Honte. Colère. Dépression. Culpabilité. Souffrance.

Ces cinq mots reviennent très souvent dans les témoignages que vous êtes sur le point de lire. Six Canadiens qui ont été incarcérés à l'étranger pour des délits touchant la drogue ont accepté de partager leurs réflexions et leurs impressions à propos de leur arrestation et de leur incarcération. Leurs histoires sont vraies.

Vous remarquerez que, dans les six histoires qui suivent, on trouve des éléments communs : Zack, Lucie, Peter, Marie-France, Beatrice et Nancy ont reçu une leçon cinglante. Se faire prendre à l'étranger alors que l'on est en possession de stupéfiants ou que l'on essaie de franchir une frontière avec des stupéfiants est passible d'une lourde amende, d'une longue peine de prison, de travaux forcés ou même de la peine capitale — peu importe le pays. N'acceptez jamais, quelles que soient les circonstances, de passer pour quelqu'un d'autre un colis, un cadeau ou une valise.

Histoires vécues



Histoire vécue : Zack

  • 45 ans
  • Au chômage, mais chauffeur de camion de formation
  • Casier judiciaire vierge avant les événements
  • Arrêté pour importation et possession d’ecstasy et de cocaïne
  • Purge une peine de 20 ans dans un centre de détention fédéral près de Seattle, dans l’État de Washington

« J’avais cherché du travail pendant longtemps, sans résultat. J’arrivais au bout de mes prestations d’emploi et je voulais gagner de l’argent rapidement. Quand un ancien ami de l’école secondaire m’a dit que je pourrais empocher une belle somme si je l’aidais à faire passer de la drogue de Colombie-Britannique dans l’État de Washington, je n’ai guère hésité. Il avait un plan génial et j’ai pensé que nous ne pouvions pas nous faire prendre.

À Vancouver, nos « associés » nous ont remis 30 kilos d’ecstasy et 12 kilos de cocaïne, que nous avons dissimulés dans une expédition d’aliments congelés destinés à Seattle. J’ai dit à ma famille que j’allais skier sur le mont Rainier dans l’État de Washington pour me changer les idées après toutes mes recherches de travail.

En franchissant la frontière, nous avons essayé d’avoir l’air dégagé, mais nous avions probablement l’air nerveux ou suspect. Les agents des douanes américaines de Blaine nous ont demandé de garer le camion pour une inspection. Comme nous n’avions pas grand chose à dire sur la cargaison, il ont fouillé la remorque et trouvé la drogue dans un carton de calmars congelés. Nous avons immédiatement été arrêtés.

Vivre dans un pénitencier fédéral, ça n’est pas des vacances. La nourriture est infecte et on n’est jamais seul. Il y a des tensions constantes entre les prisonniers. Les batailles et les agressions sexuelles sont fréquentes. Tout ce que je peux dire, c’est que cette expérience m’a beaucoup appris. Mais j’ai perdu ma jeunesse et j’ai encore de nombreuses années à attendre avant de sortir du pénitencier. Je donnerais n’importe quoi pour ne pas avoir causé toute cette peine et cette humiliation à moi et à ma famille. »

Histoire vécue : Lucie

  • 34 ans
  • Infirmière
  • Casier judiciaire vierge avant les événements
  • Arrêtée pour trafic de cocaïne
  • Incarcérée cinq ans dans une prison de Miami

« Une vague connaissance nous a proposé, à mon amie et à moi, de faire un voyage gratuit en Colombie et de gagner 2 000 $ chacune si nous rapportions un peu de cocaïne. Nous ne pensions pas que ce serait bien compliqué et nous avons accepté. Je ne voulais pas en parler à mon ami ou à ma famille et nous avons décidé de garder le secret. Nous avons pris un vol pour Cartagena et, le dernier jour des vacances, nous avons rencontré notre contact. Il a fallu avaler chacune un kilo de cocaïne, divisé en paquets de la taille de mon pouce. Je dois reconnaître que nous étions très inquiètes.

Nous avons fait escale à Miami et, dès notre arrivée, les agents d'immigration nous ont mises en détention et interrogées. Je ne sais toujours pas ce qui leur a mis la puce à l'oreille. Nous n'avons pas été autorisées à contacter qui que ce soit, et on nous a emmenées à l'hôpital où on nous a forcées à prendre un laxatif et à subir une analyse de sang, pour voir si nous avions absorbé des stupéfiants ou si nous étions enceintes. Comme mon amie était enceinte, elle n'a pas été radiographiée. Deux jours plus tard, nous avons évacué la drogue.

La première fois que j'ai comparu devant le tribunal, le juge a décidé que je serais détenue sans caution jusqu'à l'audience. J'ai pu téléphoner à ma mère. Elle n'arrivait pas à croire ce qui était arrivé et ce que j'avais fait. Il a fallu qu'elle téléphone à mon patron pour lui raconter ce qui s'était passé et l'informer que je ne pourrais pas me présenter à mon travail.

La vie en prison a été un enfer. Nous étions environ 25 détenues dans une grande cellule divisée en quatre et nous dormions en groupes de cinq ou six. Nous devions partager une seule cuvette de WC et une douche. La nourriture était exécrable et les personnes que je côtoyais encore pires. On a désigné un avocat pour s'occuper de mon cas, mais je n'avais aucune confiance en lui. J'étais vraiment déprimée.

La semaine avant ma libération, j'ai eu des migraines et des maux d'oreille épouvantables et je ne pouvais pas dormir. On a attendu cinq jours pour me soigner. J'ai souffert le martyre. Finalement, la date de ma sortie de prison est arrivée. On m'a déposée au centre-ville de Miami, sans mes papiers d'identité ni mes bagages. Je suis allée directement au consulat général du Canada puis je suis rentrée à Montréal.

Cette aventure a coûté presque 3 000 $ à ma famille en frais d'interurbain et de transport. Mais il n'y a pas que l'argent — ce que j'ai fait les a beaucoup peinés

Je ne fréquente plus cette amie. Je veux tourner la page. Je sais que j'ai agi bêtement et j'ai honte de ce que j'ai fait. J'espère seulement que d'autres ne seront pas aussi naïfs que moi. »

Histoire vécue : Peter

  • 35 ans
  • A perdu son travail à cause des stupéfiants
  • Casier judiciaire vierge avant les événements
  • Arrêté pour importation de marijuana
  • Condamné à 15 ans de réclusion dans une prison cubaine

« J'ai commencé très jeune à me droguer. Je pensais que ce n'était pas bien grave — j'étais capable de tenir un emploi et je faisais partie d'une équipe de hockey. Le haschich et l'herbe étaient mes drogues préférées. J'avais essayé des drogues plus dures, mais j'étais assez intelligent à l'époque pour me rendre compte qu'elles pourraient vraiment chambouler ma vie. Je vivais chez mes parents, parce qu'ils étaient tous deux en chaise roulante et qu'ils avaient besoin de moi. J'avais moi aussi besoin d'eux — nous menions tous les trois une vie très agréable et nous nous entendions très bien. J'étais particulièrement proche de mon père.

Lorsqu'il est mort, mes problèmes ont commencé. Je me suis mis à prendre de la cocaïne. Je crois que ma famille et mes amis se sont vite rendu compte des effets que la drogue avait sur moi, mais à ce moment-là je n'en avais pas conscience. Mon comportement m'a valu mon renvoi de l'équipe de hockey. J'ai cessé de faire de l'exercice. J'ai perdu ma voiture neuve parce que je ne pouvais pas payer les mensualités. J'ai perdu mon travail. Le pire a été de perdre la maison où j'habitais avec ma mère et d'être forcé de déménager dans un appartement. Lorsque mes indemnités de chômage ont cessé, j'ai cru avoir touché le fond. Les chèques d'invalidité de ma mère n'étaient pas suffisants pour nous faire vivre. Je me détestais. J'avais perdu ma dignité et j'étais prêt à tout.

J'ai rencontré quelqu'un qui m'a dit que je pourrais facilement gagner de l'argent en passant des drogues en contrebande. Je n'étais pas très chaud à l'idée, mais j'avais besoin d'argent. En décembre 1996, je suis allé à Cuba avec un autre type qui avait effectué un voyage de contrebande deux semaines auparavant. Je n'ai pas songé une seule fois à le questionner sur les circonstances de son dernier voyage.

Il avait organisé un voyage de deux jours au Panama, où nous devions ramasser le stock. Nous avons été arrêtés en rentrant à Cuba. Il a immédiatement nié toute participation et m'a accusé. Nous avions mis 10 kilos de marijuana dans ma valise, car elle fermait à clé. Ce type m'a remis aux policiers sur un plateau d'argent. C'est incroyable comme il a pu faire volte-face et me dénoncer. J'ai admis que j'avais fait passer la drogue. Mon père m'avait appris à assumer mes responsabilités et mes erreurs — c'est comme ça qu'un homme doit agir.

On m'a mis dans une cellule qui sentait l'urine, et pire encore. J'entendais les rats courir à toute vitesse. J'avais si peur que je pouvais à peine bouger, et encore moins de dormir. Je pensais toujours à ma mère, à mes frères et sœurs et à la peine qu'ils auraient en apprenant ce qui s'était passé. Le lendemain matin, les gardes sont venus me chercher et ils ont de nouveau fouillé ma valise devant moi. Un tas d'objets personnels manquaient, mais je savais qu'il ne servirait à rien d'en discuter. On m'a emmené dans une cellule où se trouvaient trois autres prisonniers. Ils ne parlaient pas l'anglais, et moi pas l'espagnol, et nous ne pouvions donc pas communiquer. Je me sentais terriblement seul.

La nourriture est infecte en prison. Les deux premiers jours, nous avons eu du pain et de l'eau. L'eau était trouble et j'ai été très malade. Lorsque nous avons finalement eu de la viande, je n'ai pas pu la manger — elle grouillait de vers et d'insectes. J'ai beaucoup maigri — le premier mois seulement, j'ai perdu à peu près 15 livres.

Je ne me suis toujours pas habitué aux insectes et aux rats qui ont envahi ma cellule. La nuit, ils me passent sur le corps quand je dors. C'est une sensation atroce, j'ai l'impression d'être dans un film d'horreur.

Il a fallu attendre près de six mois avant mon procès. Ce jour-là, on m'a fait monter avec d'autres détenus dans une fourgonnette sans fenêtres. Le voyage devait prendre une demi-heure, mais la fourgonnette est tombée en panne et nous avons en fait passé presque trois heures enfermés dans une chaleur étouffante, car les gardes ont refusé de nous laisser sortir. Lorsque nous sommes arrivés au tribunal, j'étais une épave. J'ai encore attendu six semaines avant de connaître ma sentence. Tout le monde a été surpris d'apprendre que j'avais écopé de 15 ans. Personne ne pensait que la peine serait aussi longue — moi le premier.

Histoire vécue : Marie-France

  • 25 ans
  • Chômeuse, mère d'un fils de trois ans
  • Casier judiciaire vierge avant les événements
  • Arrêtée pour trafic de haschich
  • A passé un an en prison au Maroc

« Je croyais avoir réussi : j'avais trouvé un emploi formidable, acheté une voiture et j'habitais seule dans un appartement. Je croyais avoir ma vie bien en main. Puis j'ai rencontré Michel. Il ne plaisait pas à mes parents et je savais pourquoi : il n'était pas simplement amoureux de moi, mais aussi de la cocaïne. C'est une drogue que j'avais essayée quelques fois à l'école secondaire, mais quand Michel a emménagé avec moi il m'a semblé tout naturel de partager quelques lignes avec lui. Je suis devenue toxicomane comme lui. Un an après notre rencontre, notre fils Maxime est né. À ce moment-là, Michel se shootait à la cocaïne. Ça le rendait fou. Il ne s'occupait pas du bébé, m'abusait souvent verbalement et même me frappait. Pourtant je l'aimais toujours. La cocaïne nous rapprochait. J'ai même quitté mon emploi pour qu'on puisse passer plus de temps ensemble.

La coke coûte cher et, comme j'étais sans travail, il nous fallait trouver de l'argent pour acheter de la drogue. Une connaissance a eu vent de nos ennuis et nous a dit que nous pourrions gagner de l'argent très facilement en allant au Maroc chercher du haschich que nous ramènerions clandestinement au Canada; il nous donnerait 2,00 $ par gramme. Mais l'affaire n'a pas marché et, à la place, il nous a offert 1,50 $ par gramme. Nous n'étions pas enchantés — nous pensions que l'affaire était trop risquée. Nous avons tous les deux essayé de refuser, mais il ne voulait pas renoncer. Il nous a menacés et nous avons pensé que nous n'avions pas d'autre choix que d'accepter.

Nous sommes partis tous les trois pour Rabat, au Maroc. Je ne voulais pas laisser Maxime au Canada et Michel pensait qu'il nous servirait de couverture. Nous avons rencontré notre contact à l'aéroport, mais le fournisseur ne s'est jamais présenté. Le type rencontré à l'aéroport nous a offert un tarif fixe de 6 000 $ pour faire passer le hasch à Montréal. Nous avons sauté sur l'occasion. Nous avons passé la semaine à la plage et, le dernier jour, nous avons rencontré de nouveau notre contact, qui nous a aidés à nous coller plus de deux kilos de hasch sur le corps avec du ruban adhésif : nous en avions partout, sur le ventre, sur le dos, les cuisses et partout où la drogue passerait inaperçue. À l'aéroport, Michel, qui portait Maxime, a été arrêté par les douaniers. J'avais déjà passé les contrôles sans problème, mais je n'allais certainement pas laisser mon fils. Je suis revenue en arrière et Michel et moi avons tous les deux été arrêtés. À ce moment-là, j'avais vraiment peur et Maxime aussi, même s'il ne comprenait pas ce qui se passait. Les gens des services sociaux me l'ont pris et je n'ai même pas pu lui dire au revoir. Je ne me suis jamais sentie aussi mal de ma vie.

J'ai pu appeler ma mère à la maison. Elle était totalement bouleversée, mais elle a aussitôt pris l'avion pour venir chercher Maxime. Avant l'audience, j'ai passé 21 jours en prison et j'ai eu le temps de réfléchir à ma vie, à ma relation avec Michel et à mes responsabilités de mère. J'avais l'impression d'avoir raté ma vie. Au procès, j'ai été condamnée à 10 mois de prison. C'était terrible. Les gardes et les autres prisonnières me traitaient comme moins que rien. Je n'avais rien en commun avec elles, je me sentais complètement isolée. Les conditions n'avaient rien d'extraordinaire non plus; il y avait des cafards dans ma cellule et j'ai souvent été obligée de dormir par terre. À la fin de ma sentence, j'étais folle de joie. J'avais tellement hâte de sortir. C'est alors qu'on m'a dit qu'il faudrait attendre 45 jours de plus à cause d'un problème dans les formalités d'immigration. J'étais complètement déprimée et je ne voyais pas comment je pourrais supporter un autre jour de détention.

Quand j'ai finalement été relâchée, j'ai rompu avec Michel. J'ai emménagé chez mes parents avec Maxime.

J'aimerais vraiment pouvoir revenir en arrière et recommencer. Mon séjour en prison a été le pire moment de ma vie. Je peux seulement mettre en garde ceux qui voudraient faire passer de la drogue et leur dire de ne pas le faire. Ça ne vaut pas l'argent qu'on y gagne. Ça ne vaut pas la peine de risquer sa liberté. Et certainement pas de perdre son amour-propre. »

Histoire vécue : Béatrice

  • 26 ans
  • Mère de deux enfants
  • Casier judiciaire vierge avant les événements, mais a eu une vie difficile
  • Arrêtée pour trafic d'héroïne
  • Incarcérée à Bangkok, en Thaïlande; purge une peine de trois ans

« J'avais vraiment besoin d'argent. Je venais juste d'acheter de nouveaux meubles et des jouets pour les enfants avec mon salaire, mais il me fallait plus d'argent. J'ai appelé un dealer qui était un ami et je lui ai proposé de passer de la drogue en contrebande. Je pensais pouvoir boucler l'affaire en une semaine et empocher 5 000 $. Le soir avant mon départ pour la Thaïlande, ma fille s'est réveillée et m'a appelée. Je suis allée la consoler et elle s'est jetée à mon cou en me demandant de ne pas partir parce qu'elle avait peur que je ne revienne pas. Je l'ai gardée dans mes bras... J'étais loin de penser qu'elle avait raison.

Quand je suis arrivée en Thaïlande, j'avais chaud, j'étais fatiguée et inquiète. J'ai cherché mon contact. Je ne savais pas du tout à quoi il ressemblait, et je devais donner un code à quiconque m'aborderait. Après environ une heure, mon contact est venu me parler. Quand nous sommes arrivés à notre destination, j'étais épuisée mentalement et physiquement.

Le matin de mon retour, le contact est venu m'apporter la drogue — de l'héroïne — à l'hôtel. La drogue était emballée dans un cylindre, que j'ai introduit dans mon vagin. J'étais affreusement mal à l'aise et je me demandais comment je pourrais supporter le voyage. En arrivant à l'aéroport, j'ai eu l'impression de vivre un cauchemar. Je suis passée au contrôle de sécurité et au moment où j'allais franchir les portes vitrées pour la salle d'embarquement, j'ai entendu une voix qui me disait : « Pardon, madame. » Je me suis retournée et un homme a demandé à me parler. Il m'a emmenée près d'une table où mon sac a été fouillé et où on m'a posé un tas de questions. Je ne sais pas comment je suis parvenue à garder mon calme. On m'a alors emmenée dans une pièce où j'ai été interrogée par plusieurs personnes. Finalement, on m'a dit que j'étais soupçonnée de trafic de stupéfiants et on m'a donné le choix de dire la vérité et de subir une fouille corporelle. J'ai tout de suite avoué, mais il a quand même fallu m'envoyer à l'hôpital pour retirer le cylindre. Pour y aller, on m'a passé les menottes, attaché les jambes avec du ruban adhésif et fait traverser l'aéroport dans cette tenue. Tout le monde me regardait — je n'ai jamais eu aussi honte de ma vie.

Après avoir attendu quelques heures dans une cellule, on m'a emmenée dans des toilettes pour une fouille, puis on a pris mes empreintes digitales et ma photo. Finalement, on m'a permis de donner un coup de téléphone; j'ai appelé le père de mon fils et lui ai raconté ce qui s'était passé. Je lui ai demandé de s'occuper des enfants jusqu'à mon retour. On m'a alors escortée dans une autre prison, où j'ai été incarcérée dans une cellule avec 20 autres femmes. Il n'y avait que deux bancs pour s'asseoir. Il fallait que nous utilisions la même cuvette de WC, qui était à la vue de tout le monde. C'était absolument dégoûtant. Le lendemain matin, toutes les femmes ont été menottées ensemble et emmenées au tribunal.

Pendant les cinq mois qui ont précédé ma condamnation, j'ai sombré dans la dépression la plus noire que j'aie jamais connue. Je me dénigrais jour après jour, à toute heure du jour et de la nuit. J'étais tellement stressée que mes cheveux sont devenus cassants et ont commencé à tomber. J'ai eu de l'acné et j'ai maigri. Le bruit dans la prison me rendait folle. Le père de mon fils a cessé de m'écrire et j'étais morte d'inquiétude à propos de mes enfants. J'ai appris qu'il se droguait de nouveau et qu'un jour, il avait déposé les enfants chez leurs grands-parents et n'était jamais revenu les chercher. Je me sentais affreusement mal pour mes enfants.

Après ma sentence, j'ai essayé de changer. J'ai commencé à faire de l'exercice et à m'occuper de moi. J'étais devenue un peu hypocondriaque parce qu'on m'avait dit que j'avais la tuberculose. On m'a mis en isolement jusqu'à ce qu'on puisse me mener à l'hôpital pour une radio des poumons. Finalement, je n'étais pas malade. Je me suis inscrite à un programme de traitement de la toxicomanie. Ça m'a sauvé la vie. J'ai décidé de faire quelque chose de positif de ma vie — prendre des cours et trouver un bon emploi. J'ai étudié pour passer un test d'équivalence du secondaire et je suis arrivée première de ma classe.

J'ai beaucoup souffert et je me suis sentie coupable d'avoir abandonné mes enfants. Ils me manquent, ma maison me manque, mon pays me manque. Quand je rentrerai, j'essaierai de regagner petit à petit la confiance de mes enfants. Je ne veux pas les faire déménager de nouveau. Lorsque nous serons finalement installés, je veux aller à l'université et étudier en psychologie, peut-être même décrocher une maîtrise. J'en ai fini avec la drogue et je veux travailler dans un domaine où je pourrai aider les autres. Mais surtout, je veux une vie stable pour moi et pour mes enfants. Ils le méritent et moi aussi. »

Histoire vécue : Nancy

  • 30 ans
  • Secrétaire juridique
  • Célibataire, deux fils
  • Arrêtée pour trafic de cocaïne
  • A passé un an en prison en Jamaïque

« Ce n'était pas la première fois que je passais de la drogue à la frontière. La même année, Sarah, une femme plus âgée que j'avais rencontrée, m'avait offert 5 000 livres sterling — c'est-à-dire à peu près 12 000 $ canadiens — pour transporter de la cocaïne de la Jamaïque au Royaume-Uni. Je n'étais pas très à l'aise de faire ça, mais parce que j'étais célibataire et mère de deux petits garçons et que j'avais des difficultés d'argent, il me semblait que je n'avais pas le choix.

Nous étions allés — Sarah, moi et ses deux enfants — profiter du soleil pendant deux semaines en Jamaïque, avant de revenir en Angleterre avec de la drogue plein nos chaussures. Nous avions franchi la douane sans éveiller le moindre soupçon. C'était le salaire le plus facilement gagné que j'aie jamais touché. J'étais rentrée retrouver mes enfants avec des milliers de dollars en poche et sans regret.

La deuxième fois que Sarah m'a appelée, mon fils aîné habitait chez mes parents, alors que le plus jeune était chez son père. Je traversais une période difficile et j'avais besoin de me remettre sur pied financièrement et émotivement. La perspective de gagner facilement une somme rondelette avec des vacances en prime arrivait juste à point.

Sarah m'a dit que cette fois je ne voyagerais pas avec elle, mais avec son amie Lauren. J'étais inquiète car je ne connaissais pas Lauren — est-ce que je pouvais lui faire confiance? Saurait-elle avoir le comportement voulu? En fait, je n'avais pas pleinement conscience des conséquences des risques que je prenais, mais j'en savais suffisamment pour savoir que n'importe quelle erreur pourrait m'attirer des ennuis. J'ai décidé de prendre le risque. Sarah était une amie et elle ne me mettrait pas dans une situation dangereuse.

Elle m'assura que tout se passerait exactement comme la dernière fois. En Jamaïque, nous ferions la transaction avec les mêmes contacts. C'était un peu rassurant — je les connaissais et je pensais qu'ils protégeraient leur investissement. Les gens avec lesquels j'ai traité en Jamaïque ne prennent pas leurs affaires à la légère. Avant de nous remettre des chaussures bourrées avec le kilo de coke que nous devions transporter en Angleterre, ils nous ont fait faire des prières et des rituels censés nous éviter des ennuis. J'ai fait tout ce qu'on me demandait, tout ce que je voulais, c'était d'en finir au plus vite et de retrouver mes enfants.

Pour notre départ, l'aéroport était désert, je me souviens même que presque tous les comptoirs d'enregistrement étaient fermés. À mesure que je traversais l'aéroport, j'étais de plus en plus mal à l'aise. Lauren a commencé à se disputer avec le préposé aux billets, j'ai oublié pourquoi, mais je me rappelle de mon malaise à l'idée que nous étions en train d'attirer l'attention dans un aéroport déjà vide.

Après avoir franchi le contrôle de sécurité, nous sommes entrées dans l'aire d'embarquement. J'ai eu à peine le temps de me rendre compte que nous avions réussi la première étape du voyage sans problème quand une policière nous a abordées. Elle nous a demandé de nous asseoir et d'enlever nos chaussures. J'ai su alors que tout était fini. Lauren a perdu les pédales : elle s'est mise à pleurer et à chercher des excuses; elle a même essayé de soudoyer la policière. Je suis restée sans rien dire alors que je réalisais la gravité de la situation.

Nous avons été emmenées dans une cellule de détention provisoire au commissariat qui se trouve derrière l'aéroport. Nous étions loin de nous douter ce soir-là que nous allions y rester presque trois mois. J'ai pu téléphoner à mes parents, qui ne savaient même pas que j'étais à l'étranger! Ils avaient été extraordinaires et s'occupaient de mon fils aîné pendant que je reprenais ma vie en main. Et maintenant, j'étais en état d'arrestation pour exportation de cocaïne.

Ma famille est arrivée en Jamaïque peu de temps après et, bien que j'aie apprécié leur visite, j'étais désespérée. Mon fils a vu sa mère en prison. Le fait qu'il me voie dans cette situation, alors que j'étais au plus bas, a été la pire expérience de ma vie. Mes parents me soutenaient de leur mieux, mais ils avaient peur. Après tout, c'était un délit lié à la drogue, et ils avaient même peur de séjourner à Montego Bay où j'étais détenue. Ils ont engagé un avocat et j'ai comparu assez rapidement devant le tribunal.

Pendant ces trois mois, j'ai comparu plus de 14 fois — j'ai essayé d'obtenir une libération sous caution, présenté des motifs de défense douteux et contesté des points de procédure — tout ça pour essayer d'éviter l'inévitable. Quand le jour de mon procès est finalement arrivé, j'ai écopé d'une amende de 6 000 $ et de huit mois de prison. Si mon incarcération jusque-là avait été éprouvante, je n'étais absolument pas préparée à la vie en pénitencier.

J'ai été emmenée dans une prison pour femmes, en compagnie de six autres détenues, debout dans des cellules improvisées à l'arrière d'un camion. Le voyage a duré à peu près trois heures avec un seul arrêt. En arrivant à la prison, nous avons été amenées dans un dortoir de réception. On nous a pris en photo et les femmes qui avaient des tresses, des boucles ou les cheveux longs ont dû se les faire couper. On nous a donné des robes d'uniforme en polyester rouge écossais qu'il fallait porter jour après jour, dans la chaleur. La prison n'avait pas l'eau courante — chaque semaine, il fallait remplir son seau dans un camion qui livrait l'eau. Je me souviens d'avoir supplié d'autres prisonnières de me donner de l'eau pour me laver. La nourriture était épouvantable : nous avions le même repas tous les jours — du maquereau en conserve et des boulettes de pâte. De temps en temps, il y avait du gruau, et une tranche de pain était considérée comme un luxe. J'ai perdu 15 kilos et je n'ai pas encore retrouvé mon état normal.

Il y avait beaucoup de violence dans la prison, et les détenues condamnées pour des délits relativement mineurs devaient côtoyer des criminelles endurcies condamnées à perpétuité. Parce que j'étais une étrangère, j'étais isolée et les détenues étaient toujours en train de chercher à se chicaner avec moi. J'étais à bout de nerfs, j'avais la peau brûlée par le soleil, j'ai commencé à perdre mes cheveux et je mangeais de moins en moins. Je trouvais mon seul réconfort dans l'écriture; j'ai écrit à propos de mes expériences, j'ai écrit de la poésie et des lettres, beaucoup de lettres, à mes parents et à mes enfants. Il y avait un niveau d'analphabétisme effrayant dans la prison, et j'ai commencé à écrire des lettres pour les autres détenues à leurs familles. Ça a rendu ma détention un peu plus supportable et je me suis fait quelques amies.

Quand je suis enfin sortie, après que mes parents ont payé l'amende et que j'ai purgé ma peine, j'étais épuisée émotivement et physiquement. J'espère que personne ne sera jamais tenté de prendre les risques que j'ai pris. Le genre de crime que j'ai commis ne résout rien. Ma vie ne sera plus jamais la même. Je ne souhaite ça à personne. »

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